2006-12-28

La fibre politique

Bon, désolée de casser l'ambiance, je ne suis pas très de saison, ou peut-être si justement. En ces semaines de consommation effrénée, c'est sans doute nécessaire de réfléchir un peu. Je veux vous soumettre deux séries de photos à mettre en regard. À chacune de tirer les conclusions qu'elle voudra.

Récemment, je suis tombée sur cette première série de photos très dérangeantes sur un tricoblog irlandais (par ailleurs très intéressant), Celtic Memory Yarns: The Real Meaning of Yarn Hunger. L'auteure du blog, journaliste et photographe, avait choisi à l'époque de ne pas en faire un reportage. Je la comprends, les photos ont de quoi perturber. J'indique le contexte pour celles qui ne lisent pas l'anglais: Quelque part dans les Balkans, dans un camp de réfugiés établi dans un ancien asile de fous, des bénévoles étrangères apportent des sacs de pelotes de laine. Une foire d'empoigne se déclenche, brutale. Quand la mêlée se calme, la journaliste aide une petite vieille à béquille bousculée et piétinée par les autres à se relever. La vieille lui montre, radieuse, son butin cachée sous sa jupe: elle s'était assise sur un tas de pelotes.



La deuxième série d'images me choque tout autant. Quatre mille cinq cents paires de moufles lettones traditionnelles ont été tricotées et remises aux participants du sommet de l'OTAN à Riga. Neuf mille moufles! Où y a-t-il plus grand gâchis de laine? Dans les fils entortillés autour des branches du camp de réfugiés ou dans ces moufles, transformées en objet-souvenir pour bureaucrates et militaires qui ne les apprécieront guère, tout occupés qu'ils sont à préparer la nouvelle croisade/guerre mondiale/guerre froide/...*? [* rayez les mentions inutiles]

Les interrogations que font naître en moi ces deux séries de photos sont nombreuses, je n'en exprimerai qu'une: s'il est vrai qu'un simple bout de fil peut apporter du réconfort à quelqu'un qui n'a rien, avons-nous, nous, vraiment besoin d'accumuler autant de pelotes pour en tirer du plaisir? Je ne prétends pas moraliser, je fais seulement état d'une des réflexions que j'ai en tête ces derniers temps. Je pense que ces images sont suffisamment complexes pour que chacune se pose des questions différentes et en tire d'autres conclusions que moi.

Bonnes fêtes et joyeuse année électorale (pour les Françaises)!

4 commentaires:

Anonyme a dit…

salut Urraca, tu ne crois pas qu'aux balkans, le problème était surtout lié aux conditions dans lesquelles le don a été fait? Pour avoir fait la queue en Chine plusieurs fois je te confirme que l'auto régulation des masses n'existe pas, que ce soit pour des pelotes ou des billets de train. Et que dire de la foule pendant les soldes? Foule agressive dont on pourrait croire par son attitude que nous sommes dans un pays qui connait la pénurie, non? Lecture conseillée sur la valeur des choses en situation de pénurie : Les Samothraces, Nicole Caligarie, éd Mercure de France.

Anonyme a dit…

allez, un autre commentaire!! Je comprends l'utilité politique de faire ce genre de "coup" auprès des décideurs. Je ne sous estimerais pas le rôle du lobbying si j'étais toi. Il n'y a pas de relation directe de cause à effet dans ce genre d'action marketing, mais c'est une question d'image et d'occupation du terrain ,du temps de cerveau disponible des décideurs. Les questions politiques sont souvent complexes, et c'est une erreur de caricaturer en mettant tout le négatif sur le dos des décideurs. Car alors, comment faire évoluer les choses de l'intérieur si on jette l'eau du bain et le bébé avec? Car nous sommes bien à l'intérieur du système, ne nous en déplaise. C'est plus simple de refuser le système en bloc que d'y fourrer le cerveau pour essayer de faire avancer les choses, c'est la syndicaliste souvent prise à parti et qui doute qui cause...

Urraca a dit…

LaSof, pour répondre à ton premier commentaire, je ne crois absolument pas que le problème est lié aux conditions du don, mais plutôt à la nature humaine. Je comprends l'instinct de stockage chez des gens privés de tout; ça me perturbe de voir que l'instinct d'accaparer (en piétinant autrui au besoin) prend le dessus aussi vite. Ceci dit, ça se comprend plus dans cette situation-là que lors des soldes!

Pour ton deuxième commentaire, je t'avoue que j'ai du mal à saisir le lien entre ton discours et le mien. Je crois que nous ne parlons pas du tout de la même chose. Mais c'est justement ce que je trouve intéressant. Ces images déclenchent forcément une réflexion mais qui ne conduit pas aux mêmes conclusions chez chacune.

Sophie a dit…

Urraca, ce salopiot de Bloglines avait supprimé ton fil tout seul dans son coin (?!?) et voilà des mois que je n'avais plus lu un post sur Churras...
Ça fait du bien de te retrouver et j'aime toujours autant quand tu casses l'ambiance.
Je suis assez d'accord avec ton commentaire, à mon avis il y a dans la nature humaine une part d'avidité qui échappe à toute raison et à toute règle. (Ce doit être aussi le secret des Fonds de pension...)